Étude de cas
La conception de la fonctionnalité Symptom Statistics pour une application d’accompagnement de la ménopause, devenue une thérapie numérique remboursable sur prescription en 2026. Un travail mené en étroite collaboration avec l’équipe scientifique.
Voir le résultatQuand je suis arrivée, le produit était en pleine transition. Jusque-là, une agence externe gérait le design, le produit et le développement, et l’entreprise avait pris la décision de tout gérer en interne à partir de ce moment-là pour préparer l’application à un essai clinique. Le CPTO (chief product and tech officer) et le Tech Lead venaient de rejoindre l’équipe ; il n’y avait pas encore de designer.
J’ai passé mes premières semaines à auditer les designs déjà en ligne, à repérer les élements de designs qui se répétaient et à les réunir dans un petit design system.
La première fonctionnalité sur laquelle j’ai travaillé, a été les Statistiques de symptomes : la partie de l’app qui aide les patientes à suivre leurs symptômes et à reconnaître les situations dans lesquelles ils apparaissent.
Au départ, trois symptômes étaient suivis : les bouffées de chaleur, le stress émotionnel et le sommeil. Cette étude de cas se concentre surtout sur les bouffées de chaleur.
Le challenge n’était pas que visuel mais aussi stucturel. L’équipe scientifique avait besoin que ces statistiques remplissent deux rôles à la fois :
Symptom Statistics est resté un module central depuis, au cœur du produit qui a ensuite passé l’essai clinique présenté dans la partie Résultats.
Chaque saisie combine des questions autour du contexte de l’arrivée des symptomes, certaines à choix unique, d’autres à choix multiples (où était la patiente, avec qui), et des curseurs d’intensité de 0 à 10. Pour les bouffées de chaleur, la saisie liste aussi des stratégies d’adaptation, chacune suivie d’une question : « Est-ce que ça vous a aidée ? »
Ensemble, nous avons identifié les catégories les plus utiles pour une patiente qui cherche à comprendre ses propres symptômes : qui était là avec elle, où elle se trouvait, à quel moment de la journée, et quelles situations aidaient ou aggravaient les choses.
Les stratégies de soulagement, ces techniques qui aidaient de façon mesurable à calmer les symptomes, sont ressorties comme la priorité absolue : c’est ce sur quoi une patiente peut agir le plus directement.
C’est ce qui a fixé la taxonomie : les Stratégies comme catégorie à part entière, et Où / Qui / Quand déclinés séparément pour chaque symptôme.


L’une des décisions les plus délicates a été d’ajouter un avertissement sur les corrélations liées aux situations. Des données brutes sont faciles à mal lire : une patiente dont les bouffées de chaleur s’intensifient dès que son manager entre dans la pièce pourrait en conclure qu’elle doit quitter son travail, alors que la vraie cause est peut-être un stress qui se gère autrement.
Nous avons donc ajouté un écran à l’entrée de la partie Statistiques, affiché la première fois qu’une patiente l’ouvre, qui explique comment lire les données avant même qu’elle voie un seul chiffre.
En reprenant l’outil de suivi existant, nous avons constaté que chaque symptôme avait besoin de sa propre structure de données. Les paramètres pertinents pour les bouffées de chaleur n’étaient pas les mêmes que pour le stress émotionnel :
| Symptôme | Paramètres suivis |
|---|---|
| Bouffées de chaleur | Fréquence · Intensité · Gêne |
| Stress émotionnel | Gêne · Irritabilité · Anxiété · Humeur dépressive |

Les bouffées de chaleur avaient trois paramètres à explorer, le stress quatre. Tout afficher d’un coup aurait été trop pour l’utilisatrice. J’ai donc conçu un simple filtre en pastilles : il s’ouvre sur Fréquence, et on peut passer à une autre vue sans quitter l’écran.
Et les deux ne racontent pas toujours la même chose. « En voiture » n’est apparu qu’une fois, donc il arrive dernier en Fréquence. Mais cette fois-là, elle l’a noté « 9 – Extrême » : il passe donc en tête en Intensité.


La répartition Où / Qui / Quand et la liste des Stratégies de soulagement suivent le même modèle : un aperçu du top 3 sur l’écran principal, et un lien « voir plus » qui ouvre la liste complète, que l’on peut trier autrement. Les Stratégies restent classées par fréquence partout, car elles ne sont pas liées à une échelle d’intensité comme le sont les lieux ou les personnes.



La sous-page « Lieux » des bouffées de chaleur, accessible via « voir plus », liste tous les lieux classés par fréquence. On y retrouve en haut les mêmes pastilles Fréquence / Intensité / Charge, pour changer le classement sans quitter la page.

Pour que les patientes distinguent les symptômes rapidement, j’ai attribué à chacun une couleur propre, visible tout au long de l’onboarding et sur les écrans d’accueil présentés plus haut. J’ai ensuite travaillé avec l’illustratrice de l’équipe pour créer :


C’est moi qui portais les propositions de design, mais les décisions les plus importantes (priorités de la taxonomie, formulation et emplacement de l’avertissement, structure des paramètres) ont été prises avec le Head of Product et l’équipe scientifique. Le Tech Lead intervenait dès qu’un choix impliquait de vrais compromis techniques.
Tout au long du projet, nous devions garder le scope aussi réduit que possible, tout en livrant quelque chose que les patientes auraient vraiment envie d’utiliser. Les statistiques ne fonctionnent que si les patientes continuent à saisir leurs symptômes. Le module devait donc donner envie d’y revenir, pas seulement afficher des données justes.
L’essentiel du plaisir d’usage est venu de choix qui ne coûtaient presque rien techniquement : les bannières illustrées et les illucons, la carte des Stratégies de soulagement classées, et un état vide pensé comme une invitation (« bientôt, vous pourrez en apprendre plus sur vous-même ») plutôt que comme une erreur. Rien de tout ça ne demandait de nouvelles données. Ça changeait simplement la façon dont on les perçoit.
La vue d’évolution des symptômes n’a pas fait partie du MVP. Notre date de lancement était liée à l’étude clinique, et nous voulions mettre l’approche TCC au cœur de l’app : les déclencheurs et les stratégies de soulagement passaient donc en premier. Un graphique d’évolution ne faisait pas partie de ce que l’étude mesurait, et les médecins avaient déjà leurs propres outils pour suivre leurs patientes.
Après le lancement, les tests utilisateurs et l’étude clinique ont pointé la même chose : les patientes voulaient voir où elles en étaient. C’était aussi important pour la rétention, parce que voir ses progrès, c’est ce qui donne envie de continuer à noter ses symptômes. Et cela donnerait aux médecins une image plus claire de l’état de leurs patientes après avoir prescrit l’application.
J’ai repris ce projet presque un an plus tard. Ma première idée : diviser le graphique en trois périodes, une semaine, un mois et trois mois. Puis notre Head of Product m’a rappelé que certaines patientes utilisent l’app pendant six mois à un an, et qu’elles voudraient voir tout leur parcours d’un seul coup. Nous avons finalement retenu une semaine, trois mois et depuis le début.
Je voulais aussi un graphique en barres pour la vue hebdomadaire, où les valeurs quotidiennes se lisent mieux, et une courbe pour les périodes plus longues. Les développeurs préféraient un seul graphique réutilisable partout, pour réduire la charge de leur petite équipe. Nous sommes donc partis sur la courbe. Elle gérait bien les longues périodes et restait facile à lire semaine par semaine. Elle est sortie à l’été 2026.


L’efficacité clinique de l’app a été testée lors d’un essai de 12 semaines auprès de 100 participantes, mené en partenariat avec un centre hospitalier universitaire et publié dans une revue à comité de lecture fin 2026.
Ces résultats concernent l’app dans son ensemble : un essai clinique évalue un produit, pas des fonctionnalités isolées. Symptom Statistics y a contribué en donnant aux patientes une raison de continuer à noter leurs symptômes, et presque toutes sont allées jusqu’au bout.
Je ne peux pas présenter ici l’impact propre à la fonctionnalité. Petite équipe soumise aux exigences du règlement MDR, nous ne pouvions pas tout mesurer comme nous l’aurions voulu, et en tant que designer externe, je n’avais pas accès aux données de l’essai. Si j’y avais eu accès, j’aurais regardé la fréquence des saisies, la fréquence d’ouverture des statistiques, et l’évolution de la rétention après le lancement du graphique d’évolution.
Travailler aussi étroitement avec l’équipe scientifique a permis d’avoir une logique thérapeutique solide dès le premier jour. L’essentiel de ce que je savais des patientes me venait de leur expertise clinique, et c’était précieux. Mais il m’a manqué d’échanger directement avec elles : c’est ma façon de travailler, et c’est souvent là que ressortent les détails les plus utiles.
Avec une étude clinique qui imposait un calendrier serré, notre priorité était de livrer un produit fondé sur des preuves cliniques. En parallèle, l’équipe a testé plusieurs designs et fonctionnalités en asynchrone auprès d’un panel d’utilisatrices, ce qui nous a apporté des retours utiles en chemin.
La prochaine fois, je prévoirais quelques entretiens utilisateurs modérées avant le lancement : discuter avec quelques patientes pour vérifier qu’elles lisent les statistiques comme nous l’avions envisagé, et repérer ce qui paraît évident à des médecins mais beaucoup moins à quelqu’un qui utilise l’app seule chez soi. En santé, cette différence compte énormément.
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