Étude de cas
Care.com est une plateforme en ligne qui met en relation des familles et des intervenants (garde d’enfants, aide à domicile, etc.). Elle couvre sept verticales et est disponible dans 16 pays.
L’équipe internationale, basée à Berlin, gère tous les pays hors États-Unis.
Les intervenants s’inscrivent et créent un profil avec leurs informations personnelles, leur localisation, leurs compétences, leurs préférences de travail et leur expérience.
Les familles qui cherchent une aide à domicile parcourent les profils et contactent les personnes qui leur correspondent. Pour pouvoir échanger, les membres doivent passer à un abonnement premium.
Tous les membres sont dits « basiques » avant de passer à l’abonnement, puis « premium » ensuite.

Les familles qui cherchent un intervenant ont besoin d’être sûres que la personne qu’elles vont engager est à la fois fiable et compétente. Les profils sont leur principal moyen d’évaluer les candidats avant de décider de les contacter.
Le modèle économique repose sur le passage à l’abonnement premium : c’est la principale source de revenus de Care. Les fonctionnalités clés, comme contacter un intervenant, sont réservées aux membres premium. Les profils jouent donc un rôle décisif pour convaincre les utilisateurs non payants de franchir le pas. Ils doivent inspirer confiance et refléter un haut niveau d’exigence.
À ce moment-là, les familles étaient de plus en plus frustrées : les informations affichées ne répondaient pas à leurs besoins, les éléments sensés rassurer étaient insuffisants, et elles se sentaient trompées quand un intervenant contacté ne répondait pas. Cette frustration poussait les utilisateurs à résilier leur abonnement, et l’entreprise perdait du chiffre d’affaires.
Nous avons commencé par des tests utilisateurs pour repérer les problèmes de l’expérience existante, complétés par un audit UX de la page pour voir ce qui pouvait être amélioré.
L’image ci-dessous montre les problèmes identifiés sur les profils.
Audit UX des anciens profils prestataires.

Les vérifications prêtent à confusion : les utilisateurs pensent qu’une vérification = un contrôle de casier judiciare ou similaire.
Le bouton « Demander à Masha » mène aux questions « ice breaker ». On ne comprend pas bien quoi faire ensuite.
L’organisation de données n’est pas claire :
Documents :
L’activité du membre n’est pas assez visible : les familles contactent des profils inactifs sans le savoir, et sont frustrées de ne pas recevoir de réponse.
Questions pour briser la glace : aucun message de confirmation n’apparaît après l’envoi. Résultat, des plaintes fréquentes au service client, parce que des utilisateurs envoient sans le savoir la même question plusieurs fois.
Nous avons aussi réuni les principaux points de friction dans la liste suivante.
En parallèle, nous avons analysé les données avec notre business analyst pour comprendre les performances des pages de profil.
Pour nous aligner sur les objectifs et trouver des solutions aux problèmes utilisateurs et business identifiés, nous avons organisé un atelier d’équipe en utilisant la méthode Lean Canvas.
Nous avons décidé de nous concentrer d’abord sur le Royaume-Uni, le Canada et l’Allemagne, nos plus gros marchés, ainsi que sur la garde d’enfants et l’aide ménagère, nos verticales principales.

Nous avons utilisé une matrice effort / impact pour retenir les idées au plus fort impact et demandant le moins d’effort à l’équipe technique.
Nous avons découpé le projet en trois jalons pour limiter le scope côté développement, et listé les idées à mettre en œuvre pour chacun. Cette étude de cas porte uniquement sur le jalon 1.
Améliorer l’UX et l’UI des profils prestataires côté membres, pour toutes les verticales.
Ajouter de nouvelles fonctionnalités et améliorer l’UX côté membres.
Appliquer la bibliothèque de composants et les changements UX aux profils prestataires côté visiteurs (avant connexion).
Pour redéfinir l’architecture de la page, nous avons demandé à nos utilisateurs quelles étaient les informations les plus importantes pour eux sur un profil, en commençant par la garde d’enfants.
Nous avons envoyé un questionnaire à notre panel de testeurs pour obtenir des données quantitatives, et nous les avons complétées par des enseignements qualitatifs issus de neuf tests utilisateurs non modérés et de cinq entretiens à distance.

Les trois informations les plus recherchées par les parents :
Nous avons ensuite hiérarchisé chaque information selon son importance pour les parents.
Comme nous prévoyions de lancer des tests A/B pour trouver le meilleur ordre d’affichage, nous avons découpé les profils en modules indépendants, pour faciliter ces tests.
Les modules se présentaient ainsi :
Les informations les plus importantes, dont la dernière activité et la réactivité, ont été remontées en haut de page pour éviter aux familles de contacter des membres inactifs.
Nous nous sommes servis de la section À propos et des Points forts pour mettre en avant les critères clés des parents, comme « non-fumeur » ou « expérience avec des enfants à besoins particuliers ».
Dans la nouvelle expérience, les questions pour briser la glace apparaissent sous forme de boutons avec un effet au survol, pour montrer qu’elles sont cliquables. Quand on clique sur une question, une confirmation indique qu’elle a bien été envoyée, et un texte revu prévient qu’on va être redirigé vers un paywall.
Sur mobile, le bouton de contact ouvre une fenêtre dans laquelle les membres premium rédigent directement leur message, au lieu d’être envoyés vers la messagerie comme sur desktop. On peut ainsi envoyer un message et continuer à naviguer sans interruption.
Pour les membres basiques, nous avons testé un nouveau libellé d’appel à l’action, comme « Passez premium pour contacter {prénom} », et supprimé la possibilité de rédiger un message avant d’arriver sur la page d’abonnement, par souci de transparence.
Ce test a amélioré l’expérience, mais il a fait baisser les conversions. Pour le MVP, nous sommes donc revenus au parcours précédent : « Contacter {prénom} », puis la zone de message, puis le paywall. Nous comptons tester d’autres options plus tard.
Une fois le prototype fonctionnel, nous avons exploré les autres verticales et adapté les profils en conséquence. La plus complexe a été celle des besoins particuliers : les informations nécessaires variaient selon le type de handicap pour lequel les familles cherchaient de l’aide.
Nous avons aussi envisagé de permettre de passer d’un profil à l’autre quand un intervenant propose ses services dans plusieurs verticales, par exemple garde d’enfants et aide ménagère, ou garde d’animaux et aide aux seniors. Mais cette fonctionnalité demandait plus de réflexion et sortait du périmètre : nous l’avons repoussée au jalon 2.
L’une des grandes difficultés du projet : nous avions d’abord confié le développement front-end à une équipe externe, ce qui a entraîné des problèmes de qualité au début. La direction a donc décidé de changer de prestataire, et nous avons dû intégrer une nouvelle équipe en plein milieu du projet.
En plus, notre Product Manager senior a été licencié en cours de route, et nous avons dû mettre rapidement à niveau un PM junior.
C’était aussi le premier projet à utiliser notre nouveau design system, qui évoluait encore pendant que les développeurs implémentaient les maquettes. Ce qui a généré pas mal de frustration.
Malgré tout, ce projet a été une vraie occasion d’apprendre, et la refonte a finalement eu un impact positif sur l’activité.
Depuis le lancement des nouveaux profils prestataires, nous avons constaté une hausse des vues uniques de profils et du taux de conversion depuis ces pages, ainsi qu’une baisse des messages envoyés depuis les profils. Une bonne nouvelle : cela voulait dire moins de questions pour briser la glace envoyées par erreur.
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