Étude de cas
PINK! Coach est une application d’accompagnement pour les femmes atteintes d’un cancer du sein.
Elle les aide à adopter un mode de vie plus sain grâce à des objectifs quotidiens autour du sport, de l’alimentation et de la santé mentale, ainsi qu’à des contenus pédagogiques.
PINK! Coach était inscrite depuis un an sur la liste des DiGA (Digitale Gesundheitsanwendungen, ou applications de santé numériques) et en passe d’y être inscrite définitivement.
Le modèle économique des DiGA repose sur trois étapes clés :

Les fabricants de DiGA ne sont payés par l’assurance maladie publique qu’une fois le code d’activation saisi dans l’app. Les utilisatrices qui ont une assurance privée achètent en général le code directement sur le site de PINK!, puis se font rembourser.
À l’époque, tous les fabricants de DiGA le savaient : obtenir le code d’activation est un vrai parcours du combattant pour les utilisatrices.
Comme toute cette démarche se passait hors de l’app, PINK! avait du mal à mesurer combien de personnes essayaient d’obtenir le code et abandonnaient en cours de route.
L’objectif principal du projet : réduire les frictions et augmenter le nombre de codes d’activation saisis dans l’app.
L’équipe avait beaucoup grandi en un an, et l’équipe produit comptait 6 personnes au démarrage du projet. Avec beaucoup de projets en parallèle, nous n’étions que deux sur celui-ci :
J’ai piloté le design et l’expérience utilisateur, ainsi que la recherche utilisateur.
Le développement était confié à BLG, une agence technique basée à Hambourg, en Allemagne.
Nous travaillions en méthode agile, avec des sprints d’une semaine.
Nous avons commencé par rassembler des données sur le parcours d’obtention du code d’activation, à partir de plusieurs sources :
La phase de découverte a fait ressortir les points de friction suivants :
À partir de ces constats, nous avons reformulé le problème sous forme de question « Comment pourrions-nous… » :
Comment pourrions-nous simplifier l’obtention du code d’activation de PINK! Coach, pour que plus de patientes atteintes d’un cancer du sein profitent de l’app, et que PINK! augmente son chiffre d’affaires ?
Six mois avant mon arrivée sur le projet, l’équipe avait envisagé un système où les utilisatrices enverraient leur ordonnance ou une preuve de diagnostic par e-mail au service client, qui contacterait ensuite l’assurance à leur place. Je n’avais pas participé à cette phase, et la fonctionnalité n’a jamais vu le jour : notre délégué à la protection des données l’avait déconseillée, l’e-mail n’étant pas chiffré et donc pas assez sûr pour des données médicales.
Les discussions se sont alors orientées vers une solution plus sûre, idéalement une fonctionnalité intégrée à l’app et hébergée directement sur nos serveurs.
Quand j’ai rejoint le projet en septembre 2023, j’ai poussé pour qu’on aille plus loin qu’un simple téléversement de fichiers dans l’app.
J’y voyais l’occasion de mieux guider les utilisatrices avec des informations adaptées à leur situation, plutôt que de les noyer sous une page du site pleine de contenus en espérant qu’elles trouvent ce qui les concerne.
Cela devait réduire les demandes et les questions envoyées au service client. Cette approche permettrait aussi à PINK! de recueillir au passage des données précieuses sur les utilisatrices, et de leur proposer un accompagnement adapté à leurs besoins.
L’idée : commencer le parcours par quelques questions sur leur assurance maladie et l’étape où elles en sont dans l’obtention du code, pour leur donner des conseils adaptés à leur situation.
L’équipe produit comme la direction ont estimé que cela apporterait une vraie valeur, et ont accepté d’élargir le périmètre du projet.
Une fois tout le monde aligné, le product manager et moi avons listé les différents parcours possibles pour obtenir un code d’activation, selon le type d’assurance des utilisatrices.
Nous avons défini 4 groupes d’utilisatrices, et cartographié un parcours pour chacun :
Le parcours variait selon le groupe, mais nous avons identifié six étapes clés communes à tous. Selon les réponses au questionnaire, chaque groupe voyait des contenus différents.
Pour mieux guider les utilisatrices, il fallait d’abord leur demander leur type d’assurance. Selon la réponse, nous leur montrions toutes les étapes nécessaires pour obtenir un code, avec quatre étapes maximum pour rester simple.
Dans les parcours assurance publique comme privée, la première étape consistait à obtenir un compte rendu médical confirmant le diagnostic de cancer du sein, ou une ordonnance. L’app demandait donc logiquement : « Avez-vous une ordonnance ou une preuve de diagnostic ? » En cas de réponse négative, l’utilisatrice arrivait sur un écran expliquant comment obtenir une ordonnance, avec des documents à télécharger pour son médecin. Dans le parcours assurance privée, en revanche, il fallait d’abord vérifier auprès de l’assurance que l’app serait prise en charge.
À la demande de la direction, nous avons ajouté des questions facultatives pour les utilisatrices qui avaient déjà une ordonnance : quel cabinet et quel médecin l’avaient prescrite, pour mieux savoir quels cabinets prescrivaient l’app. Ces questions pouvaient être passées.
J’ai proposé d’ajouter, après chaque étape, un écran qui affiche visuellement tout le parcours, avec les étapes terminées bien distinctes. Cela guide les utilisatrices, et leur donne aussi le sentiment d’avancer.
Nous expliquions ensuite qu’elles devaient transmettre des informations à leur assurance, et nous leur présentions le « Rezept-Service », un service d’ordonnance pour leur simplifier la démarche.
Elles pouvaient toujours s’en occuper elles-mêmes, et activer le service plus tard si l’assurance tardait à répondre.
La fonctionnalité demandait de recueillir quelques coordonnées et le numéro d’assurée, pour envoyer la demande à l’assurance et recontacter l’utilisatrice si besoin. La dernière étape consistait à téléverser la preuve de diagnostic ou l’ordonnance, en choisissant un document sur le téléphone ou en prenant une photo.
Le parcours se terminait par un écran confirmant la bonne réception de la demande, puis ramenait à l’écran du code d’activation.
Le service client tenait ensuite l’utilisatrice informée par e-mail.
Une fois tous les parcours cartographiés, le product manager et moi les avons repassés en revue. Nous avons simplifié certaines parties et fusionné le parcours Beihilfe avec celui de l’assurance privée, qui étaient très proches.











Nous avons mené des tests utilisateurs non modérés sur le nouveau parcours, et les utilisatrices l’ont trouvé plus simple. La plupart ont dit faire confiance à PINK! pour protéger leurs données médicales et personnelles, et être prêtes à utiliser le service d’ordonnance.
Pour mesurer le succès de cette nouvelle fonctionnalité, il fallait suivre ces indicateurs clés :
Pour affiner notre stratégie, améliorer la fonctionnalité et mieux communiquer avec les assurances, nous suivrions aussi :
Les maquettes ont été transmises aux développeurs en octobre 2023, mais la fonctionnalité n’est sortie qu’en juin 2024, à la suite d’un changement de priorités.
J’avais déjà quitté l’entreprise au moment du lancement, et je n’ai plus accès aux données. Pour des raisons de confidentialité, elles ne peuvent pas être partagées avec des personnes extérieures.
Il est encore tôt pour mesurer pleinement l’impact de cette fonctionnalité sur l’activité, mais je suis convaincue qu’elle a apporté des enseignements précieux et allégé un poids important pour les patientes.
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